Le paradressage, une discipline à part entière
Le paradressage suit les mêmes principes fondamentaux que le dressage classique : précision, harmonie, rectitude et légèreté. La différence réside dans la diversité des profils de cavaliers et dans les adaptations autorisées pour compenser les limitations fonctionnelles. « Le but n’est pas de transformer le sport au point de le dénaturer, mais de permettre à des cavaliers présentant des handicaps compatibles avec la discipline de concourir dans des conditions équitables et sécurisées, avec les mêmes exigences », explique Théo Lidoreau, classificateur sur les CPEDI 2 et 3* du Printemps des Sports Equestres.
Comprendre la logique des grades
La discipline est structurée en cinq grades, numérotés de I à V. Ils ne sont ni des niveaux sportifs ni des catégories médicales, mais le reflet de l’impact du handicap sur la pratique équestre. « Nous ne classifions pas une pathologie, nous classifions ce qu’un athlète est capable de faire à cheval, en termes de capacités fonctionnelles », insiste le classificateur.
Le grade I concerne les cavaliers présentant des atteintes sévères du tronc et des membres, souvent avec un contrôle postural très limité. Les reprises se déroulent exclusivement au pas, avec une grande exigence de régularité et de précision. En grade II, les limitations fonctionnelles restent importantes, mais le cavalier dispose d’un meilleur équilibre, ce qui permet l’introduction du trot dans les reprises.
Le grade III regroupe des cavaliers avec un handicap dont les répercussions sont plus modérées sur la pratique équestre, fréquemment asymétrique. Les reprises incluent le trot soutenu et demandent une véritable finesse dans l’utilisation des aides.
Les grades IV et V correspondent à des handicaps dont les répercussions sont moins impactantes à cheval. En grade IV, les cavaliers peuvent travailler au trot et au galop, avec des limitations qui touchent l’équilibre, la coordination ou la mobilité articulaire. Le grade V s’adresse à des cavaliers dont l’impact du handicap est minime à cheval. Les reprises sont alors très proches de celles du dressage valide. « L’apparence à pied ne reflète pas toujours l’impact du handicap à cheval : deux cavaliers très différents peuvent relever du même grade, et inversement », souligne-t-il.
Des adaptations pensées pour l’équité
Le paradressage autorise un large éventail d’aides techniques : rênes adaptées, étriers spécifiques, poignées, ou encore monte à une main. Ces dispositifs sont strictement encadrés par le règlement. « Une aide techniquement ne donne jamais un avantage, elle compense une incapacité », rappelle le classificateur. L’objectif reste toujours de juger l’harmonie du couple et la qualité du travail du cheval, et non le handicap.
Les reprises sont construites pour valoriser la justesse de l’équitation, la stabilité du contact et la précision des figures, quel que soit le grade. « Les juges appliquent les mêmes critères de qualité d’équitation. Ce qui diffère, ce sont les reprises, construites en fonction des capacités fonctionnelles des cavaliers afin que chacun soit évalué sur des exigences comparables. Comme un professeur qui corrige avec la même exigence tous ses élèves, mais qui adapte le sujet au niveau de ses élèves, en fonction qu’ils sont 6e ou en terminale. En paradressage, les juges sont aussi exigeants, mais les reprises sont conçues en fonction des capacités fonctionnelles des cavaliers », résume-t-il.
Le classificateur, garant de la justice sportive
La classification est un pilier du paradressage. Elle repose sur un examen médical approfondi, complété par une observation à cheval en situation réelle. « Lors de l’examen physique, on évalue les capacités (amplitudes, force, coordination). A cheval, on observe l’impact concret sur la monte », détaille le classificateur des CPEDI 2 et 3* du Printemps des Sports Equestres.
Cette étape peut être réévaluée au cours de la carrière du cavalier, notamment en cas d’évolution du handicap. « La classification ne crée pas l’équité, elle la rend possible, en assurant à chaque athlète des conditions de départ comparables », conclut-il. Sans ce travail de l’ombre, le paradressage ne pourrait ni garantir sa crédibilité sportive, ni porter pleinement ses valeurs d’inclusion et d’excellence.